CINEZOOM N °0 Mars 1999

ZOOM sur le réalisateur Bertrand Tavernier

Le Vendredi 29 janvier 1999, Bertrand Tavernier rencontrait dans la salle des fêtes de l'Hôtel de Ville de Tours des élèves de 10 collèges de Tours, Joué-lès-Tours et Ballan Miré. 252 collégiens étaient présents : ils ont écouté le réalisateur et lui ont posé des questions pendant un peu plus d'une heure et demie.

Bertrand Tavernier a débuté la rencontre en évoquant son parcours de cinéaste.

Dès l'âge de 14 ans, il souhaite devenir réalisateur. En effet, il colle des photos de film dans un cahier et note les noms des metteurs en scène qui l'impressionnent. Durant ses années de collège, il fait son apprentissage cinématographique dans plusieurs cinémas où il voit de nombreux films.

Son véritable apprentissage du métier de cinéaste commence lorsqu'il devient attaché de presse indépendant. Il suit les tournages, les montages et discute avec les réalisateurs.

A 30 ans, Bertrand Tavernier passe à la réalisation, avec la création de L'horloger de Saint Paul.

Au départ, ce film est refusé par tout le monde. Mais Raymond Danon acceptera de le produire. A sa sortie en 1974, le film obtient le prix Louis Delluc à Paris, l'Ours d'Argent à Berlin et le Hugo d'Argent à Chicago.

Bertrand Tavernier nous a expliqué que le succès de ce film tient au fait qu'en tant que metteur en scène, il a réussi à unifier l'équipe de tournage. De même, sa victoire dans la réalisation de L'Horloger de Saint Paul, c'est d'avoir réussi à tourner à Lyon, sa ville natale, et non dans un décor à Paris comme le souhaitait la production. Il a également réussi à imposer les acteurs et l'équipe de techniciens de son choix.

Lors de la rencontre, le réalisateur nous a également indiqué comment il choisissait les acteurs pour ses films. Certains réalisateurs engagent un directeur de casting. Pour Bertrand Tavernier, c'est différent car il rencontre les acteurs, travaille des scènes avec eux et il est le seul à juger si la personne convient ou non. Il a tout de même ajouté que son choix se faisait souvent d'instinct, c'est-à-dire qu'il sait immédiatement la personne qui convient ou non. Il a tout de même ajouté que son choix se faisait souvent d'instinct, c'est-à-dire qu'il sait immédiatement la personne qui convient pour tel personnage.

Dans L'Horloger de Saint Paul, Bertrand Tavernier avait choisi Philippe Noiret et François Perrier. Quinze jours avant le tournage, François Perrier ne pouvait plus faire le film. Le distributeur avait décidé de prendre Jean Rochefort à la place. Bertrand Tavernier ne le connaissait pas et ne l'avait jamais visualisé pour ce film. Ils se sont rencontrés autour d'un repas et au lieu de parler du scénario, ils ont évoqué le poète Jacques Audiberti. A la fin du repas, Jean Rochefort a accepté le rôle : "De la manière dont tu as parlé de ce poète, je sais exactement comment joué ton film."

Lorsqu'un élève a demandé à Bertrand Tavernier s'il se sentait menacé par le cinéma américain, il s'est exclamé : "Oui, je me sens menacé, parce que vous n'allez voir que ça !". Il lui arrive de défendre le cinéma américain mais il est contre le pouvoir des USA qui empêche que le cinéma des autres pays se développe. Il trouve que le cinéma américain est asservi aux effets spéciaux et en oublie les personnages. C'est selon lui un "cinéma fast food" !

Il pense que les collégiens ne doivent pas s'arrêter à ce style de films, mais ils devraient plutôt élargir leur regard sur différents genres de films afin de découvrir plusieurs visions d'une époque, d'un pays, d'une culture. Le conseil du réalisateur : "Servez-vous du cinéma pour aiguiser votre curiosité, vos passions et surtout forger votre propre personnalité !"

Cette rencontre avec Bertrand Tavernier a été passionnante et d'une grande richesse. Le réalisateur s'est confié sur sa vie de metteur en scène et sur le milieu du cinéma.